Un sauvetage encore possible

Il fout avoir l’œil exercé pour discerner, en appui derrière un rocher ou adossé contre les pentes herbeuses, ces abris de pierres sèches.

Orris de l'Ariège

Il fout avoir l’œil exercé pour discerner, en appui derrière un rocher ou adossé contre les pentes herbeuses, ces abris de pierres sèches.

Certains aujourd’hui particulièrement bien conservés ou parfois restaurés, sont recouverts d’une épaisse couche de terre sur laquelle l’herbe a poussé, les confondant davantage encore avec le paysage environnant.

Chaque orri avait sa spécificité : le plus grand servait de cabane au ber ger, le plus petit de cave ou de fruitière pour les fromages et le beurre qui étaient fabriqués sur place à l’estive. Souvent un autre orri faisait office de porcherie pour les cochons engraissés avec le petit lait et le plus petit de tous était occupé le soir par le chien du berger.

Si la construction elle-même impressionne par sa qualité architecturale, l’intérieur par contre est d’une extrême simplicité : un sol de terre battue, une longue pierre pour servir de banc et un lit de gispet ou de fougère pour dormir. Le berger vivait là trois ou quatre mois de l’année, de juin à septembre, pour surveiller son troupeau. Chaque famille de la vallée avait « son » orri, bien qu’elle n’en soit pas réellement propriétaire mais jouisse seulement d’un droit d’usage.

Plus aucun orri n’est utilisé aujourd’hui par les pâtres ; ils servent parfois d’abris de fortune pour les randonneurs, les pêcheurs et les chasseurs. Avec la déprise agricole et surtout avec l’émigration des nouvelles générations vers les grandes villes fournisseuses d’emplois, les troupeaux en transhumance diminuant peu à peu, les orris ont été abandonnés petit à petit dès la fin du XIXe siècle, mais souvent entretenus par les familles jusqu’à Seconde Guerre mondiale. Beaucoup sont tombés en ruines et les seuls qui restent encore debout sont en très mauvais état.

Quand on interroge ceux qui sont venus en Ariège pour découvrir la montagne, la plupart évoquent les orris comme patrimoine particulier qu’ils ont découvert avec étonnement.

Magazine Ariégeois mai 2023
Article du magazine ariégeois datant de mai 2023